Loris débarque de son Istambul natal à Marseille, un jour de 1961. Après une traversée d'une semaine, entouré des candidates au titre de Miss Monde. Avec 500 dollars en poche. Il a 22 ans. 41 ans plus tard, et après avoir rompu avec un brillant passé d'illustrateur publicitaire, Loris peint pour lui-même. Finies les contraintes, il laisse aujourd'hui s'exprimer sa sensibilité. Pour nous montrer quoi ? L'intime. Pour Loris, tout est prétexte à nous faire pénétrer dans l'intimité. Pas de grands paysages, pas de fresques grandioses… Tout se passe à l'intérieur. Indiscret jusqu'à l'impudence, Loris nous sert de guide muet. De l'étagère de la cuisine, à des femmes alanguies en passant par des greniers à la composition éclectique, son œil s'arrête sur des moments de vie. Mais il ne s'agit pas que de montrer un intérieur. L'indiscrétion, Loris la pousse à son paroxysme. A quoi peut bien servir de pénétrer une intimité si ce n'est que pour en donner une image floue, volée dans l'urgence ? Non, Loris va au fond des choses. Sa maîtrise - hors du commun - de la technique picturale lui permet de tout montrer : le titre d'un livre, le grain de la peau, la richesse d'un tissu… |
Un souci du détail qui, mis en lumière avec un rare talent, sert de base à une histoire que nous n'avons plus qu'à nous raconter. Entrer dans un tableau de Loris est une invitation au voyage. Pas d’un voyage au long cours, mais un voyage de l'imaginaire. La précision de la peinture, les jeux d'ombres et de lumière insufflent une vie extraordinaire au moindre de ses sujets. Une simple carafe remplie de vin… La couleur, la lumière, la texture… La vie est là. Et les questions fusent. De quelle vigne est tirée ce vin ? Qui sont ces buveurs qui, forcément, se cachent derrière ces verres ? Il n'y aura pas de réponses autres que celle que notre cerveau, tiré de sa rêverie, acceptera de fournir, inspiré par les détails que Loris accepte de nous fournir. Mais Loris lui-même, ne peut nous aider. Il n'a pas les réponses. C'est là qu'est le mystère. Pour cela qu’il y aura autant de vies qui se cachent derrière ces tableaux que de passants qui s'arrêteront sur ces toiles. Car si Loris vole des moments d'intimités, il est bien trop pudique pour nous en dire plus. C’est toute la belle ambiguïté de sa peinture.
Claude Piriou, Octobre 2002 |